Écrit par Marion Bard

Voilà. Tu y es. L’anniversaire d’un pote proche de ton love. Tu es obligé(e) d’y aller et tu ne connais pas grand monde. Tu sais que tu vas être tourmenté(e) par des inconnu(e)s avec la-question-dont-il-ne-faut-pas-prononcer-le-nom : « Et toi du coup, tu fais quoi dans la vie ?” C’est automatique, tu te mets à suer, à bafouiller dans ta réponse, et à finir au buffet à te gaver de petits fours pour faire genre que tu es trop occupé(e) pour discuter avec quiconque. Ça sent le vécu chez toi ? Alors rassure-toi tout de suite, tu n’es pas seul(e) ! En France, c’est l’une des questions les plus posées. Comme si notre métier était le reflet de notre personnalité et nous définissait. En même temps, on passe plus de 80 000 heures à bosser dans notre vie (#enquêtedesens). Du coup, comme on est super sympas (et dans la même galère), voilà quelques pistes de réponses qui, on l’espère, t’économiseront des auréoles sur ta belle tenue de soirée !

# Adapte ta réponse en fonction de ta situation actuelle :

Si tu es au…. chômage. (qui vote pour que ce mot d’une violence sans nom soit banni ?!)

Plusieurs options s’offrent à toi. Tu vas sûrement toutes les tester, parce que le chômage est une période un peu bancale, où tu vis différents stades: de la culpabilité à la joie, en passant par la démotivation et le kiffe. Bref, les montagnes russes des émotions si tu vois ce que je veux dire ?

  1. La réponse terre-à-terre: Alors moi, j’ai quitté mon job”.

  2. Réaction universelle de ton interlocuteur: ses yeux vont s’arrondir, il va se sentir gêné, va s’excuser pour toi, et vite passer à autre chose. C’est la réaction banale face à un sujet considéré comme tabou par la société. En revanche, si tu ajoutes “Alors moi, j’ai quitté mon job qui ne me plaisait pas/plus, ET je suis en vide fertile”, LÀ tu envoies du lourd ! Le vide fertile, c’est une période blanche, pendant laquelle tu crées du vide autour de toi, tu déconnectes, et tu laisses les petites graines germer. En bref, tu te lâches la grappe pour mieux repartir !
  3. La réponse provoc’: Alors moi, j’ai quitté mon job et je suis en train de créer un (gros) trou sur mon CV !”

  4. Boum, bien envoyée celle-là ! Tu allies ironie et anticipation de la question angoissante au possible du “Mais tu n’as pas peur de créer un trou sur ton CV et que plus personne ne veuille t’embaucher derrière ?”  Non parce que faut bien se le dire, dans la tête des gens, chômage = profiteur de la société qui prend les alloc’ et passe ses journées devant Netflix. Alors que, je ne sais pas vous, mais mon agenda déborde d’activités utiles à la société, à tel point que j’ai bien peur de ne pas pouvoir suivre la saison 3 de Casa de papel !
  5. La réponse mystérieuse: Alors moi, je suis en réinvention professionnelle; j’ai des idées de projets, j’en parlerai avec plaisir quand je serai plus avancé(e) !”

  6. Ton interlocuteur devrait comprendre que tu n’as pas envie de t’éterniser sur le sujet. Le mot “réinvention” est important, car ce n’est ni une transition, ni une réorientation. La transition signifie que tu as déjà des plans pour la suite, que tu vas commencer (rapidement) un nouveau travail. Or, si tu es en train de lire cet article, on est prêt(e)s à parier que c’est plutôt parce que tu fais partie de la team #questiondelangoisse. La réorientation est quant à elle connotée négativement et fait penser à un échec. La réinvention, c’est beau, c’est bon, c’est sain. Et puis, on est bien la génération qui se réinvente en continu pour faire face aux changements de la société, non ?!

Tu peux donc définitivement (genre à vie) bannir la réponse “Alors moi, beeeeen…je suis au chômage”.

Pourquoi ? Parce que les mots ont des pouvoirs puissants. C’est un peu les super-héros de notre communication entre êtres humains. Et commencer par dire que tu es chômage – même si c’est vrai et que c’est comme ça que ça s’appelle, on est bien d’accord – va clairement plomber l’ambiance. Ton interlocuteur va être gêné, tu vas le remarquer, ton expression faciale va changer et se fermer, et ton cerveau va se mettre en mode “fuyoooons” . Effet boule de neige garanti ! Alors qu’en fait, le chômage ne rime pas avec “pyjama toute la journée, cheveux gras et fast food à gogo”, mais plutôt avec “opportunité d’accorder du temps à ce qui compte pour soi et se réaligner”. Tu te (re)découvres pour mieux repartir ! Tu as plein d’histoires et des découvertes passionnantes à raconter, ne doute pas de ta valeur !

Aussi, n’oublie pas de prendre du recul. Ce n’est pas simple au début, c’est vrai. Mais plus les mois vont passer, plus tu vas analyser les comportements de tes divers interlocuteurs. Généralement, ce ne sont en fait que des projections de peurs et/ou de jalousie face à ton courage d’avoir pris les choses en main pour trouver ton job de sens ! Tu ne t’en rends pas compte, mais tu sèmes des petites graines dans leurs têtes. S’ils se retrouvent et s’identifient dans ton discours (en général tu le reconnais parce qu’ils montrent de la curiosité), ces graines finiront par germer un jour ou l’autre. Et si tu veux pousser le vice et accélérer le processus, tu peux leur faire lire l’article sur les “10 (fausses) bonnes excuses pour ne pas quitter son taff” !

Si tu es en poste.

Ici, on parle bien d’être en poste et de ne pas se sentir épanoui… Ou pas complètement du moins. Là encore, tu as l’embarras du choix.

    1. La réponse je-ne-suis-pas-honnête-avec-moi-même:Moi je fais du Marketing et je remplis des tableaux Excel de R.O.I , et franchement, j’A-DO-RE”.
  1. Bien sûr que ça existe les gens qui aiment leur métier ! Mais que fais-tu ici si c’est le cas ? Allez, ZOU ! Ou alors, il y a baleine sous gravillon. On dit ça, on ne dit rien. En tout cas, tu peux tout à fait opter pour cette réponse…Mais pas indéfiniment. Le corps et l’esprit ne supportent pas très longtemps ce manque d’alignement. Et on ne le répètera jamais assez, ne vis pas ta vie à travers le regard des autres !
  2. La réponse carapace: “Alors moi, je suis CHIEF TOP MANAGER OFFICER B2B SALES”

  3. Quoi ?! Ça n’existe pas ? Ça ne saurait tarder dans ce cas… Tu peux tout à fait sortir ton titre qui passe bien en anglais; ton interlocuteur sera satisfait de ta réponse, sûrement rassuré de savoir que tu es en poste, peut-être même admiratif, et tu pourras retourner siroter ta pinte au bar. Mais prends le temps d’analyser ce que tu ressens, car la carapace est parfois bien épaisse !
  4. Conseil d’amie : fais-le après 2 pintes, ça marche mieux.
  5. La réponse j’amorce-le-changement : “Moi je suis KAM (ndlr Key Account Manager), et je rêve de devenir apiculteur”.

    BRAVO ! Tu viens de faire le premier pas vers ton changement de vie… En parler ! Parce que la méthode des petits pas est bien la plus efficace pour ne pas effrayer cet être complexe qu’est notre cerveau. Et n’oublie pas que c’est quand on sort de sa zone de confort que la providence se met en marche ! Et puis moi, mon papa m’a toujours dit d’être honnête.

    La réponse mon-métier-ne-définit-pas-qui-je-suis : Mon job de raison ou de coeur ?”

  6. Alors là, pas de limite dans l’argumentaire. Bénévolat dans des asso remplies de valeurs, rêves et projets.Tu peux très bien être comptable la journée et Manager / coach d’un musicien le soir. Bref, laisse parler tes passions, et tu seras rayonnant et inspirant !

Conclusion ?

Peu importe ta situation, la question-dont-il-ne-faut-pas-prononcer-le-nom nous donne du fil à retordre. Comment une question aussi banale peut déclencher autant de malaises, de situations gênantes, et de sensations désagréables ? Toi aussi tu crois qu’il y a un problème ? Et si finalement, c’était la question en elle-même le problème ? Et si, au lieu de demander « Et toi, tu fais quoi dans la vie ? » on questionnait « Et toi, tu aimes faire quoi dans la vie ? » C’est décidé, ce sera le thème de ma prochaine soirée déguisée.